J’ai enfin mis ma liste de lecture à jour, ce qui m’a motivé à écrire cet article. Ça faisait quelques semaines que j’y pensais, mais récemment, ayant décidé de revêtir mon bandeau de ninja pour combattre le reste du monde par moi-même et non par des relaxants pour cerveaux, j’ai dû faire face à plusieurs tempêtes intérieures – qui se déchaînent toujours en ce moment, mais je reste extrêmement positive que je passerai au travers.
Maintenant, pour me changer les idées, j’ai envie de discuter de l’influence de mes dernières lectures.
En calculant tous les romans lus dans les deux dernières années (en tant que compulsive, on peut facilement en compter une quarantaine), au moins la moitié fait référence à des cas vécus de survivants à des conditions extrêmes. Plus de trois quarts de ceux-ci sont des témoignages de prisonniers de guerre, de prisonniers politiques (tel que Magadan sous le régime soviétique).
Tous ont vécu la faim. La vraie. Comme disait Primo Levi, il ne suffit pas de quelques jours de famine pour la connaitre, mais plusieurs mois. Un jeûne de vingt-quatre ne nous fera jamais comprendre ce qu’est réellement avoir faim.
Ce n’est pas la première fois que j’en parle, je l’ai fait dans les articles La faim et La relativité de la valeur nutritive. Ça m’a marquée. Dans tous les témoignages de gens enfermés dans des ghettos, des camps de concentration, des camps de travaux forcés, à mourir sous les quarante degrés du soleil l’été à travailler sans relâche pendant plus de seize heures, à mourir de froid sous la tempête hivernal à pelleter de la neige muni d’un pantalon et d’un chandail de coton usés et troués, à voir leurs proches mourir sous leurs yeux, à voir leurs enfants disparaitre derrière le bâtiment abritant la cheminée du camp, à se retrouver privée de toute forme de liberté, de tout ce que contenait leur vie et leur âme… c’est toujours la faim qui domine. Elle les torture sans cesse, sans possibilité d’apaisement.
Ça m’a fait prendre conscience de l’absurdité de la vie sous sa forme biologique, alors que tout être vivant consacre sa vie à réussir à se nourrir… pour pouvoir vivre.
C’est le cercle d’existence.
Bref.
Là où je voulais en venir, c’est que ça a influencé ma façon de me nourrir.
Tout d’abord, la faim au quotidien. Ça m’a intriguée. Qu’est-ce que ça représente? À quel point cela prend de l’importance au fil du temps?
Je n’ai jamais été du type déjeuner. À moins que ce soit sous forme de café. Au boulot, comme j’ai un travail physique, je fonctionne sur l’adrénaline. J’ai toujours carburé comme ça. À l’adrénaline et au café. Ce sont mes outils de travail.Ça n’a donc pas été difficile de manger peu durant la journée, néanmoins, il y a toujours le traditionnel bagel au fromage à la crème à l’heure du diner. De plus, comme je suis incapable de m’arrêter quand je travaille, je dépense énormément d’énergie.
Arrivé au soir, mon estomac hurle son désaccord. Je lui cède, mais par petite portion. Avant, elles étaient énormes. Exagérées. Typiquement nord-américaines. Inadmissible pour quelqu’un qui se veut conscientisé au désastre de l’humanité. Ais-je besoin de remplir l’assiette? Ne serais-je pas satisfaite avec le sixième de la portion?
Non. Effectivement, je ne le fus pas.
Il faut un minimum, quand même. Il faut un peu de tout, mais en plus modéré.
En ce qui concerne la faim, elle me plait. Elle me fait sentir plus vivante. Je sais que ça peut paraitre idiot, c’est ainsi. Mais je sais aussi que ça n’a rien à voir. J’ai faim, mais mon frigo est rempli. J’ai faim, mais je travaille dans une cuisine, où la nourriture est abondante et accessible partout où je pose les yeux. Ça n’a rien à voir avec ce qu’eux peuvent avoir vécu.
Sinon, ce qui m’a fasciné dans ces nouvelles portions, c’est que je les ai immédiatement vues plus grosses qu’auparavant. Encore la relativité de la valeur nutritive.
Pour quelqu’un qui est nourrit depuis des années à la soupe claire et au pain rassis (et parfois, avec un peu de chance, aux pommes de terres pourries), cette petite assiette de pâtes était un véritable festin. Ce quart de portion de poulet farci était une pure gourmandise.
Pour un nord-américain, c’était un repas pour quelqu’un au régime.
Pour moi, qui a un garde-manger plein, c’était une petite portion… mais une portion nouvellement appréciée.
J’apprécie de pouvoir aller au marché et retrouver n’importe quel aliment voulu. Pouvoir m’offrir des pommes de terre, du fromage, de la viande, etc. Dans beaucoup d’endroits dans ce monde, au moment où je tape ces lignes, des gens seraient prêts à bien des choses pour avoir accès à cette nourriture.
Parce que c’est leur principale moyen de survie. Avant le confort, la sécurité, avant la liberté… il y a la faim.
Alors que moi qui n’est pas en situation de survie, je néglige la faim et privilégie la sécurité, le confort et la liberté.
Être nord-américaine, ça n’a pas de sens.
Marnie
8 septembre 2011 at 10 10 52 09529
belle réflexion chère amie.