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Les diables de Loudun

20 oct

La première (et unique) fois où j’en ai entendu parler, c’est dans le livre L’exorciste, de William Peter Blatty (oui, c’est l’inspiration du film qui est, d’ailleurs, assez fidèle). Un des prêtres donnait un exemple de foi sacrilège en donnant ce livre comme référence, livre écrit par Aldous Huxley.

C’est surtout l’auteur qui m’a fait m’y intéresser. Aldous Huxley est l’auteur de Le meilleur des mondes , qui est sur un pied d’égalité avec 1984, de George Orwell, mis à part le fait qu’Huxley était un brin moins déprimant dans son monde totalitaire. Si vous ne l’avez pas lu ce roman, mais que vous avez aimé 1984, essayez de le trouver. Si vous n’avez lu ni l’un ni l’autre, il est temps de vous y mettre.

Les diables de Loudun n’est pas une histoire imaginaire. Ce n’est pas vraiment un roman. C’est plutôt la biographie d’une histoire et son analyse d’un point de vue d’un homme qui a vu neiger depuis, puisque l’histoire de la possession des soeurs du couvent des Ursulines de Loudun date de 1634 et que Aldoux Huxley a publié ce roman en 1951.

Urbain Grandier est le jeune prêtre qui dirige l’Église de cette ville de France. Grandier est prêtre, mais il est surtout jeune et frivole. Incapable de résister à la séduction féminine parmi ses fidèles, il s’attire peu à peu les foudres des habitants, principalement le père d’une jeune femme que Grandier avait déshonorée et mise enceinte.

Ralliés aux autres ennemis de Grandier qui, de son côté, possède des amitiés puissantes parmi la hiérarchie royale et religieuse, ils mirent toutes leurs forces et ce, pendant plus de deux ans, pour trouver le moyen de le faire tomber de son pouvoir (parce qu’on sait à quel point l’Église était puissante et omniprésente dans toutes les sphères personnelles, publiques et sociétaires à cette époque).

Après de nombreux échecs, c’est l’orgueil d’une religieuse qui va leur donner l’opportunité tant recherchée. Soeur Jeanne, qui dirige quant à elle le couvent des Ursulines, devient folle de rage après que Grandier ait décliné son invitation à venir la rencontrer (parce qu’elle désirait assouvir de nombreux désirs pour lui). S’alliant avec les ennemis de Grandier, contactant les hautes instances religieuses, entrainant derrière elle les seize autres religieuses du couvent, Soeur Jeanne accuse Urbain Grandier d’avoir ensorcelés les dix-sept soeurs du couvent.

Une bonne majorité d’entre elles ont subi de l’auto-suggestion de la part des prêtres fanatiques s’étant déplacés jusqu’à Loudun pour prendre la cause en main. On sait à quel point il est possible de faire faire ce que l’on veut à une personne influençable et/ou soumise. Elles finirent toutes par se croire réellement possédées. Les ennemis de Grandier, et parmi eux le religieux principal aux commandes des exorcistes des religieuses, mettent tout en oeuvre pour le faire condamner.

Il paraissait, à l’époque, que les sorcières avaient plusieurs mamelons en surnombre. Tous les gens ayant plus de deux mamelons (et selon les statistiques de l’époque, 9% de la population possédait des mamelons en surnombre) pouvaient être facilement soupçonnés. Ils firent déshabillés Grandier, mais ne trouva rien. Puis, un des prêtres déclara qu’il avait aussi entendu parler de zones sur le corps où le sorcier ne pouvait sentir la douleur. Ils firent exorciser Soeur Jeanne, qui déclara cinq zones sur le corps du jeune prêtre.

Le médecin qui s’occupa de procéder aux tests était un vieil ennemi de Grandier. Il effectua une vingtaine de piqures extrêmement douloureuses à Grandier (dont les hurlements au fond de sa cellule, qui se trouvait emmurée au grenier de Laubardemont, avaient attiré une foule de curieux dans la rue). Puis, ensuite, il retournait la sonde et appuyait sur la peau avec l’autre extrémité, en mousse.

Je suis rendu là. Environ à la moitié du récit.

Ce qui est difficile, c’est de se mettre en contexte. De se dire qu’à l’époque, la sorcellerie et la magie faisaient partie de la réalité. De la société. Il y avait des lois concernant l’interdiction de la sorcellerie. Autant aujourd’hui on trouverait ce genre de procès ridicule, autant à l’époque, cela devait être impressionnant et effrayant.

Ils avaient recours à toutes sortes de procédés. Dans ce qui m’a le plus choqué, c’est quand j’ai lu que de ne pas croire au diable est sacrilège, qu’il était donc sacrilège pour quiconque contestait la véracité de la possession. S’ils ne croyaient pas à la possession, ils ne croyaient pas au diable. S’ils ne croyaient pas au diable, ils ne croyaient pas en Dieu. C’était des damnés.

Le pouvoir de l’église me choque. Alors que des « pro-Grandier » avait réussi à émettre un décret qui confirme qu’il n’y a pas de possession, Richelieu, alors ennemi juré de celui-ci, se rend directement chez le Roi en expliquant, qu’au contraire, les diables contre-attaquaient et qu’il fallait mettre tout en oeuvre pour les détruire. Convaincu, le roi fait annuler le décret, donne tout pouvoir à Richelieu pour aller de l’avant et interdit aux parties de porter plainte devant les juges, « sous peine d’une amende de cinq cent livres ».

Une loi qui interdit de s’exprimer avec justice. Encore et encore.

C’est un livre très intéressant jusqu’à présent et je sais que je ne suis pas encore arrivée à l’intensité.

Il y a un paragraphe magnifique dans ce livre. C’est une des citations les plus ressenties que j’aurai retranscrites ici.

« Depuis environ 1700 jusqu’à nos jours, toutes les persécutions, dans l’Occident, ont été séculières, et, pourrait-on dire, humanistes. Pour nous, le mal radical a cessé d’être métaphysique, et est devenu politique ou économique. Et ce mal radical s’incarne à présent, non pas sous la forme de sorciers et de magiciens (car nous aimons à nous croire positivistes), mais sous celle des représentants de quelque classe ou nation détestée. Les ressorts de l’action et les rationalisations ont subi un certain changement; mais les haines motivées et les férocités justifiées ne sont que trop familières. »

Sinon, un dernier mot sur l’évolution de la langue française. Il y a plusieurs mois maintenant, la moitié de mon entourage (et une bonne partie de moi-même) a été scandalisée en apprenant que le mot oignon pouvait maintenant s’écrire ognon et que iglou était aussi accepté. Pour faciliter l’écriture. Je ne sais pas si c’est ainsi qu’ils vont l’enseigner dorénavant dans les écoles, mais je suis certaine que d’ici quelques décennies, plus personne n’écrira oignon (pourtant, je prononce le « g », moi… pourquoi serait-il inutile?).

Mais je ne peux pas critiquer cela, parce qu’il en a toujours été ainsi. Dans Les diables de Loudun, dont l’original est en anglais puisque son auteur est britannique, celui-ci a quand même inclut plusieurs citations en français, directement tirées de ses livres de référence pour la reconstitution de l’histoire. Je vous en donne un exemple parmi tant d’autres:

« Les sorcières de mon voisinage courent fortune de leur vie, sur l’advis de chasque nouvel autheur qui vient de donner corps à leurs songes. Pour accommoder les exemples que la divine parolle nous donne de telles choses, très-certains et irréfragables exemples, et les attacher à nos événements modernes, puisque nous n’en voyons ni les causes ni les moyens, il y faut autre engin que le nostre : il appartient, à l’avanture, à ce seul très-puissant tesmoignage, de nous dire: « Cettuy-ci en est, et celle-là, mais non cet autre. »

Les es semblent avoir été remplacés par les é, qui semblent avoir été créés par la suite. On arrive bien à lire, mais peut-être simplement parce que l’on reconnait les mots.

Avec le nombre de mots modifiés, je me dis qu’il y a dû avoir beaucoup de scandalisés au cours des siècles.

 

A propos kitaiisei

« Si vous ne voulez pas qu’on vous oublie le jour où vous serez mort et pourri, écrivez des choses qui valent la peine d’être lues, ou faites des choses qui valent la peine d’être écrites. » [ Benjamin Franklin ]
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Publié par le 20 octobre 2011 dans Critique de romans

 

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